Afriland First Bank RDC reste sous administration provisoire depuis juin 2022, avec des pertes cumulées de 50,4 millions USD et des fonds propres négatifs de 116,9 millions USD à fin 2025. Trois ans après sa mise sous tutelle par la Banque centrale du Congo (BCC), la situation financière de l’établissement continue de se dégrader, sans plan de redressement finalisé.
La banque ne respecte plus le seuil réglementaire de capital minimum fixé à 50 millions USD depuis janvier 2025. Son produit net bancaire est également devenu négatif, à -4,68 millions USD, alors que le reste du secteur bancaire congolais affiche des résultats globalement positifs. Cette dégradation s’explique en partie par la perte de marchés publics stratégiques, notamment les paiements d’enseignants et de frais scolaires, qui représentaient une source importante de commissions et concernaient plus de 29 000 agents.
La crise trouve aussi son origine dans un conflit de gouvernance avec l’actionnaire majoritaire, Afriland First Group, évincé du contrôle opérationnel depuis 2021. L’absence d’injection de capital, estimée à au moins 90 millions USD dès 2022, a aggravé les déséquilibres financiers. En parallèle, la BCC a renforcé les mesures de supervision, notamment par la révocation des dirigeants, l’instauration d’une administration provisoire et des restrictions sur les opérations importantes.
Un cas test pour la régulation du secteur bancaire
Le cas Afriland met en lumière les risques liés à une dépendance excessive aux flux publics et à une gouvernance fragilisée. Contrairement à d’autres institutions en difficulté, dont les problèmes sont davantage liés à des contraintes opérationnelles ou sécuritaires, la banque cumule des facteurs internes et institutionnels qui ont accéléré sa dégradation.
Pour les autorités monétaires, cette situation souligne la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention des crises bancaires, notamment en matière de gouvernance, de transparence et de recapitalisation rapide. La BCC a engagé un durcissement des exigences prudentielles, afin de limiter les risques systémiques dans un secteur encore exposé à des vulnérabilités structurelles.
À ce stade, aucune liquidation n’est annoncée, mais l’absence de solution durable maintient l’incertitude sur l’avenir de l’établissement. La recapitalisation apparaît comme une condition indispensable pour stabiliser la banque, dans un contexte marqué par des tensions persistantes entre les parties prenantes et une dégradation continue des indicateurs financiers.
— M. MASAMUNA


