Le gouvernement congolais a levé 57,4 millions de dollars le 7 avril 2026 sur le marché financier local, dépassant son objectif initial de 50 millions USD. L’opération, organisée par le ministère des Finances dirigé par Doudou Fwamba Likunde, affiche un taux de couverture de 114,9 %, ce qui signifie que les investisseurs ont proposé plus de fonds que prévu. Ces Obligations du Trésor, d’une maturité de 18 mois, offrent un taux d’intérêt de 9 %, un niveau destiné à compenser le risque et à attirer les placements en devise.
Ce résultat reste positif sur le plan des montants mobilisés, mais il révèle aussi une limite structurelle du marché. Seuls deux investisseurs ont participé à l’opération. Ce faible nombre traduit un marché encore peu profond, avec une base d’investisseurs limitée. Dans ce contexte, même si les objectifs sont atteints, la capacité à lever des volumes plus importants dépendra de l’élargissement de cette base et de la confiance des acteurs financiers.
Une préférence marquée pour les émissions en devises
Cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large de mobilisation de ressources en devises. Une semaine auparavant, l’État avait déjà levé plus de 110 millions USD. Sur l’ensemble du premier trimestre 2026, le cumul atteint 364 millions USD pour des prévisions de 400 millions, soit un niveau proche de la cible. Cela montre que les titres libellés en dollars trouvent plus facilement preneur, car ils protègent les investisseurs contre les fluctuations du franc congolais et les pertes de valeur liées à l’inflation.
La situation est très différente pour les émissions en monnaie nationale. Sur un objectif de 600 milliards de francs congolais, seulement 20 milliards ont été mobilisés sur la période. L’écart est important et met en évidence un problème d’attractivité. Pour les investisseurs, placer en francs congolais expose davantage au risque de dépréciation et à l’érosion du pouvoir d’achat. Dans ces conditions, ils privilégient les instruments en devise, perçus comme plus sûrs.
Pour les finances publiques, ce déséquilibre pose un enjeu de fond. Recourir aux financements en dollars permet de répondre rapidement aux besoins, mais cela augmente aussi l’exposition au risque de remboursement en devise. À l’inverse, le développement d’un marché en monnaie locale reste essentiel pour renforcer la stabilité financière et réduire la dépendance extérieure. La trajectoire actuelle montre donc une avancée sur la mobilisation des devises, mais aussi les défis persistants pour installer durablement la confiance dans les instruments en francs congolais.
— Peter MOYI


