La RDC a exporté plus de 3,1 millions de tonnes de cuivre en 2024, puis plus de 3,4 millions de tonnes en 2025. Face à cette progression, le Président Félix Tshisekedi veut vérifier ce que l’État encaisse réellement sur la richesse minière vendue à l’étranger.
La République démocratique du Congo produit de plus en plus de cuivre et reste l’un des grands fournisseurs mondiaux de cobalt. En 2024, le pays a exporté environ 220 000 tonnes de cobalt et plus de 3,1 millions de tonnes de cuivre. En 2025, les exportations de cuivre ont encore augmenté pour dépasser 3,4 millions de tonnes. Ces volumes confirment la place du pays dans les chaînes mondiales des minerais utilisés dans l’industrie, l’énergie et les batteries. Mais ils posent aussi une question centrale de finances publiques : quelle part de cette richesse revient réellement à l’État congolais sous forme d’impôts, de taxes, de droits, de dividendes ou de devises rapatriées ?
Lors du Conseil des ministres tenu le vendredi 24 avril 2026, le Président Félix Tshisekedi a placé ce sujet au centre de l’action gouvernementale. Selon l’orientation donnée à l’exécutif, le problème n’est plus seulement de produire ou d’exporter davantage. Il faut aussi suivre les flux d’argent, contrôler les déclarations et sécuriser les recettes publiques. Cette préoccupation rejoint les alertes déjà portées par l’ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Cette organisation insiste depuis plusieurs années sur le suivi complet de la chaîne minière, depuis l’octroi des droits miniers jusqu’aux paiements versés à l’État. En RDC, les règles de transparence intégrées au Code minier de 2018 visaient justement à mieux tracer les revenus issus du secteur.
Passer des tonnes exportées aux recettes réellement encaissées
Pour répondre aux faiblesses constatées, l’exécutif prévoit de lancer un audit exhaustif et nominatif dans un délai de 30 jours. Cet audit devra vérifier le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation, examiner la gouvernance des joint-ventures et évaluer les actifs miniers détenus par l’État. Le rapatriement des recettes signifie qu’une partie des devises obtenues après l’exportation doit revenir dans le circuit financier national. Pour un pays comme la RDC, cette question pèse directement sur les réserves de change, les paiements extérieurs et la capacité de l’État à financer ses priorités.
Le contrôle des joint-ventures est un autre point sensible. Dans le secteur minier congolais, plusieurs projets associent des entreprises publiques, comme la Gécamines, à des groupes privés. L’enjeu ne se limite donc pas au pourcentage détenu par l’État. Il concerne aussi la qualité du contrôle, la transparence des contrats, le suivi des ventes et la capacité à vérifier les revenus commerciaux. Dans un secteur dominé par de grands opérateurs du cuivre et du cobalt, plusieurs risques peuvent réduire les recettes publiques : écarts de déclaration, prix de transfert, circuits d’exportation difficiles à suivre et non-rapatriement d’une partie des devises.
Reuters a rapporté en 2025 qu’un audit de la Cour des comptes avait relevé des sous-déclarations de revenus miniers entre 2018 et 2023, avec des effets sur les contributions destinées au développement local. Ce type de constat montre que la question minière n’est pas seulement industrielle. Elle touche directement la fiscalité, la transparence et la redistribution des ressources. Pour plusieurs spécialistes du secteur, la faiblesse de la gouvernance minière en RDC ne vient pas seulement du niveau des taxes. Elle vient aussi de la manière dont les revenus sont canalisés, contrôlés et partagés entre administrations.
Le gouvernement devra aussi finaliser l’interconnexion entre plusieurs services intervenant dans la chaîne minière. Sont notamment concernés l’OGEFREM, l’OCC, la DGDA, la Banque centrale du Congo, les banques commerciales et les autres administrations impliquées. L’objectif est de relier les informations logistiques, les déclarations douanières, les paiements, le rapatriement des devises et l’entrée réelle des recettes dans les comptes publics. Cette interconnexion peut réduire les zones d’ombre, car elle permettrait de comparer les données entre services et de repérer plus vite les incohérences. Si une cargaison est déclarée à l’exportation, les administrations devraient pouvoir suivre la valeur déclarée, les droits payés, les devises attendues et les montants effectivement encaissés.
L’audit annoncé peut donc devenir un outil de souveraineté financière. Mais son intérêt dépendra de trois éléments concrets : des conclusions exploitables, des mesures en cas de manquements et une interconnexion administrative réellement appliquée. Les premières réflexions sont attendues au plus tard le 15 juin 2026. Pour la RDC, le défi est clair : passer d’un modèle qui compte surtout les tonnes exportées à un système capable de transformer sa puissance minière en recettes publiques réelles.
— M. KOSI


