Le Centre Carter a salué l’annonce de Félix Tshisekedi sur le lancement d’un audit portant sur les recettes minières, les coentreprises du secteur extractif et les actifs miniers détenus par l’État congolais. Dans un communiqué publié le 13 mai 2026, l’organisation estime que cette initiative peut contribuer à renforcer la transparence et le contrôle des revenus issus des ressources naturelles, dans un contexte où la gouvernance minière reste régulièrement critiquée en RDC.
L’audit doit notamment examiner le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation, la gestion des partenariats miniers ainsi que les mécanismes de suivi des revenus publics. Pour le Centre Carter, cette démarche intervient à un moment important pour le pays, alors que la RDC occupe une place centrale dans l’approvisionnement mondial en cuivre, cobalt, lithium et autres minerais utilisés dans les batteries et les technologies liées à la transition énergétique. L’organisation considère aussi que les revenus générés par le secteur restent encore inférieurs au potentiel attendu malgré l’importance des réserves minières du pays.
Depuis plus de quinze ans, le Centre Carter affirme mener des recherches avec des organisations de la société civile congolaise sur la gouvernance du secteur extractif. Ces travaux ont porté sur les contrats miniers, les mécanismes fiscaux, les entreprises publiques et les systèmes de mobilisation des recettes. L’organisation rappelle notamment qu’en 2017, son rapport Affaire d’État consacré à la Gécamines avait évoqué plus de 750 millions USD de revenus non retracés dans les registres de partenariat de l’entreprise publique. Le rapport dénonçait aussi des insuffisances dans les mécanismes de contrôle financier et de redevabilité.
Le Centre Carter cite également plusieurs études réalisées entre 2013 et 2024 sur les obligations fiscales appliquées aux grands projets miniers. Selon ces analyses, certaines pratiques d’évitement fiscal auraient entraîné des pertes estimées à près de 4 milliards USD pour l’État congolais. Une étude publiée en 2025 sur le Code minier révisé de 2018 pointait aussi plusieurs difficultés structurelles qui limitent encore la mobilisation des recettes minières, notamment la faible digitalisation des administrations, la complexité des instruments fiscaux et le manque de coordination entre différents services publics.
Pour l’organisation, la crédibilité de l’audit dépendra de plusieurs éléments : l’accès complet aux contrats miniers et aux états financiers des entreprises publiques, la transparence du processus, l’implication d’experts spécialisés en fiscalité minière et en prix de transfert, mais aussi un contrôle parlementaire effectif. Fabien Mayani a déclaré que « les Congolais ont le droit de savoir comment les entreprises étatiques et les revenus générés par leurs ressources minières sont gérés ».
Au-delà de cet audit, le Centre Carter appelle les autorités congolaises à engager des réformes plus larges dans la gestion des entreprises publiques et l’administration des recettes extractives. Pour plusieurs observateurs, l’enjeu pour Kinshasa sera désormais de transformer cette initiative en mesures concrètes capables d’améliorer la traçabilité des revenus miniers, renforcer la confiance des investisseurs et augmenter les retombées économiques pour les finances publiques et les communautés locales.
— Peter MOYI


