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BIASHARA AFRICA 2026 : la RDC veut utiliser la ZLECAf pour accélérer son industrialisation

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La République démocratique du Congo a défendu à Lomé une stratégie économique centrée sur la transformation locale des ressources naturelles lors de la troisième édition de BIASHARA AFRICA 2026, organisée du 18 au 20 mai sous l’égide de la Zone de libre-échange continentale africaine. À travers cette participation, Kinshasa cherche à repositionner la RDC comme un futur pôle industriel africain capable de transformer localement ses minerais et ses produits agricoles plutôt que de les exporter à l’état brut. Les autorités congolaises considèrent le marché continental de 1,4 milliard de consommateurs comme une opportunité pour soutenir les investissements industriels, les Zones économiques spéciales et les grands projets logistiques en cours dans le pays.

La délégation congolaise a insisté sur la nécessité de développer des chaînes de transformation autour du cuivre, du cobalt, des batteries, de l’énergie et de l’agro-industrie afin de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire progressivement la dépendance du pays aux exportations minières brutes. Pour Kinshasa, l’intégration économique africaine peut permettre à la RDC de créer des industries locales capables de répondre à la demande régionale, tout en générant des emplois et de nouvelles recettes pour l’économie nationale.

Les infrastructures et l’énergie au cœur de la stratégie congolaise

Les autorités congolaises ont également mis en avant plusieurs projets d’infrastructures considérés comme essentiels pour soutenir cette ambition industrielle. Parmi eux figurent le port en eaux profondes de Banana, le corridor de Lobito, l’axe Kisangani-Kasindi ainsi que plusieurs projets ferroviaires destinés à améliorer les échanges commerciaux avec les pays voisins. Pour Kinshasa, ces infrastructures doivent réduire les coûts logistiques qui freinent encore le commerce intra-africain et transformer les frontières régionales en espaces d’intégration économique.

La RDC souhaite aussi accélérer la digitalisation des procédures commerciales et douanières afin de limiter les tracasseries administratives souvent dénoncées par les opérateurs économiques. Le gouvernement veut notamment faciliter l’intégration des petits commerçants, particulièrement les femmes actives dans le commerce transfrontalier, grâce au Régime Commercial Simplifié soutenu dans le cadre de la ZLECAf. Plusieurs économistes rappellent toutefois que le commerce intra-africain reste encore limité par les déficits d’infrastructures, les difficultés énergétiques et les barrières non tarifaires qui persistent dans plusieurs pays du continent.

L’énergie constitue un autre axe présenté comme prioritaire par Kinshasa. Les autorités continuent de promouvoir le projet hydroélectrique d’Inga comme un levier de développement industriel régional. Selon les projections avancées par le gouvernement, le complexe pourrait atteindre une capacité théorique de 44 000 MW, ce qui en ferait l’un des plus grands projets hydroélectriques au monde. La RDC cherche aussi à mobiliser de nouveaux financements à travers les fonds de pension africains, les investissements internationaux et certaines initiatives occidentales comme Global Gateway.

Pour plusieurs analystes, la réussite de cette stratégie dépendra surtout de la stabilité réglementaire, de la sécurité des investissements et de la capacité réelle du pays à développer une industrie locale compétitive. Malgré ses importantes réserves minières et son potentiel énergétique, la RDC reste confrontée à des coûts logistiques élevés, à un déficit d’infrastructures et à un environnement des affaires encore considéré comme difficile par de nombreux investisseurs. À travers cette orientation, Kinshasa cherche désormais à construire une économie davantage tournée vers la production et la transformation locale afin de renforcer sa place dans les chaînes de valeur africaines.

— Joldie KAKESA

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