La RDC veut accélérer plusieurs chantiers routiers dans la Tshopo, dont 20,4053 km de voirie à Kisangani et la RN4 vers Beni. Une partie de cette montée en charge doit s’appuyer sur les ressources tirées du premier Eurobond souverain congolais, qui a permis de lever 1,25 milliard USD en avril 2026.
À Kisangani, la politique de désenclavement se joue désormais sur plusieurs échelles. Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a inspecté le 18 août les travaux de voirie urbaine, la Route nationale n°4 en direction de Beni, la RN3 vers Walikale et Lubutu ainsi que l’axe Kisangani-Ubundu. L’un des projets les plus avancés porte sur 20,4053 kilomètres de voirie reliant notamment les communes de la Tshopo et de Mangobo, dans le cadre du Programme présidentiel de lutte contre la pauvreté et les inégalités. La couche de fondation y est achevée et les travaux se poursuivent avec la couche de base avant la pose du revêtement final, selon les informations communiquées lors de l’inspection et rapportées par l’ACP.
Le choix technique retenu sur une partie du réseau repose sur une chaussée rigide, compte tenu de la pluviométrie élevée et des caractéristiques du sol. Les travaux comprennent aussi des ouvrages d’assainissement, composante déterminante dans une ville où la durabilité d’une route dépend autant de l’évacuation des eaux que de la qualité du revêtement. Le ministre a également inspecté l’usine de préfabriqués de l’Agence congolaise des grands travaux, où de nouveaux équipements ont été réceptionnés. Sa mise en exploitation reste liée à l’arrivée des matières premières nécessaires à la production des éléments destinés notamment aux bâtiments publics.
La RN4 attend une accélération financée par l’Eurobond
La dimension financière du déplacement apparaît surtout sur la RN4. Plusieurs kilomètres y sont déjà traités en grave-bitume, selon l’ACP, tandis que le ministère a inspecté la carrière, l’unité de concassage et la centrale d’enrobés mobilisées pour le chantier. John Banza a indiqué que le rythme des travaux devrait s’accélérer grâce au financement lié à l’Eurobond.
La référence à l’Eurobond change l’échelle financière du dossier. Le 9 avril 2026, la RDC a levé 1,25 milliard USD pour sa première émission obligataire internationale, soit davantage que l’objectif de 750 millions USD initialement envisagé. L’opération comprend 600 millions USD arrivant à échéance en 2032 avec un rendement de 8,75 %, et 650 millions USD à échéance 2037 rémunérés à 9,50 %. Le gouvernement avait indiqué que les ressources seraient consacrées notamment aux infrastructures, à l’énergie et à d’autres investissements publics.
Pour les projets routiers, ce financement apporte des ressources nouvelles mais aussi une contrainte économique différente de celle des prêts concessionnels. Les obligations internationales sont financées aux conditions du marché et devront être remboursées avec intérêts. L’efficacité économique de leur utilisation dépendra donc de la capacité à sélectionner des infrastructures capables de réduire durablement les coûts de transport, d’améliorer les échanges et de produire des gains supérieurs au coût du financement. Le montant précisément affecté à la RN4 dans la Tshopo n’a pas été détaillé lors de l’inspection.
RN3 et Kisangani-Ubundu dans une logique de corridor
Au-delà de la RN4, le gouvernement veut également intervenir sur la RN3 vers Lubutu et Walikale, qui relie la Tshopo au Maniema et au Nord-Kivu. Les trois provinces avaient déjà engagé des travaux coordonnés sur certains tronçons. John Banza avait auparavant présenté un Programme national de désenclavement et de connectivité portant sur environ 22 800 kilomètres de routes, destiné à relier davantage les réseaux intérieurs aux grands corridors régionaux.
L’axe Kisangani-Ubundu complète ce dispositif. Long d’environ 125 kilomètres, il joue un rôle dans l’acheminement des produits agricoles et la connexion du sud de la Tshopo à Kisangani. La question économique est désormais celle de l’exécution simultanée de plusieurs projets dont les fonctions se complètent. La voirie urbaine facilite les déplacements dans Kisangani, tandis que les RN3 et RN4 doivent réduire l’isolement entre provinces et que Kisangani-Ubundu peut améliorer l’accès des zones de production aux marchés.
Pour la Tshopo, le prochain indicateur ne sera donc pas le nombre de chantiers inspectés, mais les kilomètres effectivement achevés, mis en circulation et maintenus en état, ainsi que la part des financements mobilisés qui se traduira réellement en infrastructures opérationnelles.
Peter MOYI









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