À Goma, les senteurs du café se mêlent aux bruits d’une ville sous tension. Depuis le 11 août, une cinquantaine de producteurs et exportateurs venus des deux Kivu se retrouvent pour la deuxième édition de la conférence et concours de qualité du café congolais. Malgré un contexte marqué par l’insécurité et des pressions économiques, l’événement attire aussi des partenaires régionaux et internationaux, bien décidés à valoriser la filière.
Pendant deux jours, débats et dégustations rythment la rencontre. Le thème choisi, « La résilience du secteur du café congolais face aux défis sécuritaires et socioéconomiques », résume l’état d’esprit : tenir bon et maintenir un produit d’exception sur le marché, même en période de crise. Les organisateurs, la plateforme CongoAgri et African Coffee Connect, misent sur la mise en relation directe entre coopératives, acheteurs et experts. L’objectif est clair : transformer les micro-lots sélectionnés en opportunités commerciales grâce à une vente aux enchères où les meilleurs crus trouvent preneur.
Pour Ghislain Mupenzi Kamondo, cette édition a une portée particulière. L’an passé, le rendez-vous se tenait à Londres ; cette fois, il se déroule dans une ville où la guerre est aux portes. « Les producteurs avaient perdu espoir, surtout que le conflit a éclaté au moment même du lancement de la campagne agricole », confie-t-il. Ce contexte a freiné la production, réduit les revenus et renforcé la fragilité d’une filière déjà éprouvée. Pourtant, malgré les obstacles, les coopératives sont là, échantillons en main, prêtes à défendre la qualité de leur récolte.
Dans les allées du salon, on échange sur les méthodes de culture, la traçabilité et la certification, autant de gages de qualité recherchés par les acheteurs étrangers. Chaque tasse dégustée raconte l’histoire d’un terroir et d’un combat silencieux : celui de familles entières qui misent sur le café comme levier de survie et d’émancipation économique. Si cette rencontre ne résout pas les défis sécuritaires, elle offre au moins une vitrine et un souffle d’optimisme à un secteur qui refuse de s’effondrer.
— M. KOSI


