spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

RDC : l’ANO devient obligatoire pour les étrangers dans le commerce de détail

Partager

La République démocratique du Congo renforce le contrôle des activités commerciales exercées par les étrangers. Le ministère de l’Économie nationale a annoncé, le 17 mai 2026, que plusieurs secteurs du commerce de détail seront désormais soumis à l’obtention préalable d’un Avis de Non-Objection (ANO). Cette mesure concerne notamment les supermarchés, la restauration, les stations-services, les produits électroniques ou encore les services logistiques.

Le Gouvernement veut ainsi mieux encadrer l’accès au commerce intérieur, un secteur où la présence d’opérateurs étrangers s’est fortement développée ces dernières années dans les grandes villes du pays. Selon le ministère de l’Économie nationale, aucun opérateur économique étranger ne pourra désormais exercer certaines activités sans autorisation préalable des autorités congolaises. Parmi les secteurs concernés figurent les supermarchés et hypermarchés, l’hébergement et la restauration, les loisirs et activités de divertissement, la vente de véhicules et motos neufs, les services de réparation automobile, les produits pharmaceutiques et médicaux, les articles électroniques et électroménagers, les meubles, les stations-services ainsi que les services de transport et de logistique, à l’exception des taxis. Les activités liées aux articles de luxe, de sport et de librairie sont aussi concernées par cette nouvelle réglementation.

Le ministère précise que les demandes d’ANO devront être introduites à travers une plateforme numérique officielle. Cette dématérialisation doit permettre, selon les autorités, d’améliorer le suivi des dossiers, de limiter les interventions manuelles et de rendre les procédures administratives plus traçables. Le Gouvernement présente cette réforme comme une étape supplémentaire dans la formalisation progressive du commerce intérieur et dans le renforcement du contrôle administratif des activités économiques.

Une réforme au cœur des tensions sur le commerce local

Cette décision intervient dans un contexte marqué par des tensions récurrentes entre commerçants locaux et opérateurs étrangers dans plusieurs branches du commerce urbain. Depuis plusieurs années, des organisations de commerçants congolais dénoncent une concurrence qu’elles jugent déséquilibrée, notamment dans les boutiques de proximité, l’alimentation, les matériaux de construction, les produits électroniques ou encore la restauration. Plusieurs petits opérateurs estiment que certains investisseurs étrangers disposent de capacités financières et logistiques difficiles à concurrencer sur le marché local.

À travers ce mécanisme d’autorisation préalable, les autorités semblent vouloir mieux contrôler l’accès des étrangers à certaines activités orientées principalement vers le marché intérieur. La question de l’équilibre entre protection du commerce local et attractivité des investissements reste toutefois posée. Des règles trop restrictives pourraient inquiéter certains investisseurs présents dans la distribution, les services ou la logistique. À l’inverse, l’absence d’encadrement continue d’alimenter les critiques des opérateurs congolais qui réclament depuis longtemps une régulation plus stricte du commerce de détail.

L’application concrète de cette réforme sera donc particulièrement suivie par les acteurs économiques. Les entreprises attendent notamment des critères clairs d’octroi de l’ANO, des délais raisonnables de traitement des dossiers et des garanties contre d’éventuelles pratiques arbitraires. Dans un contexte où la RDC cherche à élargir sa base fiscale, formaliser davantage son économie et soutenir l’entrepreneuriat local, cette mesure marque une nouvelle étape dans la régulation du commerce intérieur.

— Joldie KAKESA

En savoir +

A la Une