La République démocratique du Congo devrait atteindre un PIB de 123,4 milliards USD en 2026, avec une croissance réelle estimée à 5,9 % selon le FMI. Cette projection place le pays parmi les dix premières économies africaines, dans un contexte marqué par une montée des investissements dans les infrastructures, les minerais stratégiques et la modernisation du système financier.
Kinshasa cherche à transformer la structure de son économie. Le pays reste dépendant de ses ressources naturelles, mais les autorités tentent d’aller au-delà de l’exportation de matières premières brutes. L’objectif est de créer plus de valeur localement, en renforçant les infrastructures, en sécurisant les investissements et en améliorant le fonctionnement des institutions économiques. Dans cette dynamique, l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI), dirigée par Rachel Pungu Luamba, met en avant la transparence et la sécurité juridique pour attirer des projets d’envergure. Des investissements de plus de 1 milliard USD sont ciblés, avec l’idée de construire des partenariats durables entre l’État et les entreprises.
Réserves en or, encadrement du dollar et grands projets structurants
Le secteur financier évolue aussi. En février 2026, la Banque centrale du Congo a conclu un accord avec DRC Gold Trading SA pour l’achat d’or monétaire, suivi d’un partenariat avec Paradigm Holdings pour sécuriser l’approvisionnement en or selon des normes internationales de traçabilité. Ces opérations visent à renforcer les réserves internationales du pays, c’est-à-dire les ressources en devises et en or qui permettent de soutenir la stabilité de la monnaie.
Dans le même temps, une réforme importante est annoncée pour le 9 avril 2027. À cette date, les paiements en espèces en dollars américains seront interdits entre particuliers et entreprises. Toutes les transactions devront passer par des canaux bancaires ou numériques. Le gouverneur de la Banque centrale, André Wameso, insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’abandonner le dollar, qui restera autorisé pour l’épargne et les comptes bancaires. L’objectif est plutôt de mieux tracer les flux financiers, de limiter les circuits informels et de renforcer la stabilité du franc congolais. Cette mesure s’inscrit aussi dans les efforts de la RDC pour sortir de la liste grise des pays exposés aux risques de blanchiment. Selon le FMI, près de 90 % des dépôts bancaires et 97 % des crédits dans le pays sont encore libellés en dollars, ce qui montre l’ampleur du défi.
La dynamique de croissance se reflète également dans l’immobilier et l’urbanisation. À Kinshasa, les quartiers de Gombe et Ngaliema enregistrent des taux d’occupation supérieurs à 95 % pour les biens haut de gamme. Les nouvelles constructions représentent désormais entre 15 % et 20 % du marché immobilier de la capitale. Dans certaines zones bénéficiant de projets urbains, les prix pourraient augmenter jusqu’à 20 %. Cette évolution s’accompagne du développement de projets intégrés, mêlant logements, commerces et services, notamment à Lubumbashi avec des initiatives comme Kiswishi City.
Les infrastructures énergétiques et logistiques restent au cœur de la stratégie économique. Le projet Inga III, dont le coût dépasse 10 milliards USD, a franchi une étape importante le 27 mars 2026 avec l’adoption du projet de loi lié à sa mise en œuvre. La Banque mondiale prévoit un financement pouvant atteindre 1 milliard USD, tandis que d’autres partenaires interviennent sur les aspects techniques. L’ambition est de répondre au déficit en électricité, mais aussi de positionner la RDC comme un exportateur d’énergie à long terme.
En parallèle, le corridor de Lobito renforce la connexion entre les zones minières et les marchés internationaux. Cette ligne ferroviaire d’environ 1 700 kilomètres relie le sud de la RDC au port angolais de Lobito. Selon les données de la Commission européenne, elle permet de réduire le temps de transport des minerais de plus d’un mois à environ une semaine. Ce gain logistique peut améliorer la compétitivité des exportations congolaises et soutenir le développement de zones économiques spéciales orientées vers la transformation locale des minerais, notamment pour les batteries électriques.
À travers ces réformes et ces projets, la RDC tente de construire une économie plus structurée, moins dépendante des cycles des matières premières et mieux intégrée aux chaînes de valeur régionales et internationales.
— Joldie KAKESA


