Moins d’un Congolais sur dix détient un compte bancaire, alors que la RDC dispose d’environ une quinzaine de banques commerciales placées sous la supervision de la Banque centrale du Congo (BCC). Le contraste résume l’état du secteur, des bilans jugés solides, des ratios prudentiels respectés et des bénéfices réguliers, mais un système qui reste largement réservé à une minorité urbaine et connectée.
Le marché bancaire est dominé par un petit noyau d’établissements qui concentrent l’essentiel des dépôts, des crédits et des transactions. Ce niveau de concentration apporte une forme de solidité, car les banques dominantes sont mieux capitalisées et plus facilement contrôlées. Mais il limite aussi la concurrence et, au final, l’accès au financement. Pour les petites et moyennes entreprises, l’entrée dans le crédit bancaire reste difficile, avec des taux d’intérêt élevés, des garanties lourdes et des procédures longues. Le signal économique est clair, quand l’accès au crédit est étroit, l’investissement productif ralentit et la création d’emplois se fait au compte-gouttes.
Cette faiblesse se retrouve dans un indicateur central, le ratio crédit à l’économie rapporté au produit intérieur brut, décrit comme l’un des plus bas d’Afrique subsaharienne. Autrement dit, l’intermédiation bancaire, le mécanisme par lequel l’épargne est transformée en financement pour les entreprises et les ménages, reste limitée. Dans un pays où l’informel domine, cela entretient un cercle difficile à casser, les acteurs économiques se financent hors du système, donc la banque capte peu de ressources locales, donc elle prête peu, et le crédit reste cher et rare.
La dollarisation protège les banques, mais réduit l’effet des décisions de la BCC
Le secteur bancaire fonctionne dans une économie fortement dollarisée. La majorité des dépôts et des crédits est libellée en dollars américains, signe d’une confiance encore fragile envers le franc congolais. Sur le plan technique, cette configuration limite certains risques pour les banques. Si une banque collecte des dépôts en dollars et prête en dollars, elle réduit le risque de change, donc elle protège son bilan en période de volatilité du taux de change.
Mais ce schéma a un coût macroéconomique. Il affaiblit la transmission de la politique monétaire. Même si la BCC agit pour stabiliser les prix et encadrer la liquidité, une partie importante de l’activité financière échappe à la monnaie nationale. Les décisions sur les conditions de financement en CDF ont moins de prise sur une économie où l’épargne et le crédit circulent surtout en USD. Résultat, la marge de manœuvre de la banque centrale se réduit, car l’instrument monétaire perd une partie de son efficacité.
Les relations entre l’État et les banques s’inscrivent dans cette prudence. Les établissements bancaires gèrent des flux publics, notamment le paiement des salaires, mais restent réservés sur le financement direct du Trésor. Dans le même temps, la montée en puissance des comptes spéciaux et des budgets annexes dans les finances publiques complique la lecture des circuits de dépense. Ces mécanismes, présentés comme légaux, alimentent la demande de traçabilité et de lisibilité des flux financiers qui transitent par le système bancaire.
Face aux limites de la banque classique, l’inclusion financière avance surtout via le mobile money. Des millions de Congolais utilisent leur téléphone pour des transactions sans passer par une agence bancaire. L’effet est immédiat pour les ménages, transfert d’argent, paiements, petite épargne. Mais cette progression ouvre aussi des chantiers techniques, régulation, sécurité des opérations, et surtout interopérabilité avec les banques, afin que l’argent mobile puisse plus facilement se transformer en crédit ou en services financiers plus complets.
La BCC dit avoir engagé des réformes de supervision et de gouvernance, avec un relèvement progressif des exigences de fonds propres et un alignement sur certaines normes internationales. L’enjeu reste identique, transformer un secteur stable sur le papier en un outil plus efficace pour financer l’investissement productif, l’entrepreneuriat local et l’économie formelle. Sans ce basculement, les banques risquent de rester des îlots solides, mais isolés, dans une économie où l’accès au crédit demeure l’un des principaux goulots d’étranglement.
M. MASAMUNA


