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Transition énergétique et minerais africains : sans gouvernance juste, le continent risque de répéter les erreurs du modèle extractif colonial

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L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, cuivre, cobalt, lithium, graphite et terres rares, devenus indispensables aux véhicules électriques, aux batteries, aux réseaux électriques et aux systèmes d’énergie renouvelable. Alors que la demande mondiale s’accélère, le continent retrouve une importance stratégique majeure. Mais une question fondamentale reste sans réponse satisfaisante : qui bénéficie réellement de cette transition, et qui en supporte les coûts ?

Les discours internationaux tendent à présenter l’Afrique principalement comme un fournisseur de matières premières plutôt que comme un continent de communautés, de travailleurs et d’économies souveraines avec leurs propres priorités de développement. Sans une gouvernance solide, l’extraction minière peut reproduire d’anciens schémas d’inégalité : dégradation environnementale, pollution, déplacements de populations, faible transformation locale, fuites de recettes et retombées limitées pour les communautés hôtes.

La Zambie illustre bien ce paradoxe. Premier producteur mondial de cuivre, le pays est au cœur de la transition énergétique. Mais ses communautés minières continuent souvent de faire face au chômage, aux dégradations environnementales et à un accès inégal aux services publics, malgré des décennies d’extraction. L’opportunité existe de convertir la demande mondiale en transformation domestique, industrialisation, investissements dans les infrastructures et création d’emplois. Mais ce résultat n’est pas automatique.

Trois conditions pour que la transition soit juste

Pour que la transition énergétique africaine soit équitable, les auteurs de cette analyse identifient trois exigences. La participation des communautés des zones minières doit être réelle et continue dans les décisions de licences, d’approbations environnementales, d’aménagement du territoire et de partage des bénéfices, et non pas symbolique. La transparence et la redevabilité doivent permettre aux citoyens de suivre les recettes minières, les engagements de développement local et les obligations environnementales. Enfin, les liens avec le développement local doivent aller au-delà des exportations brutes, en investissant dans les compétences, les filières de sous-traitance, l’accès à l’énergie, les réseaux de transport et la transformation locale.

Pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt et acteur incontournable du cuivre, ces enjeux sont directement pertinents. L’État a engagé des réformes allant dans ce sens : quotas sur le cobalt, audit de la chaîne de captation des revenus miniers, projets de raffinage local via Buenassa ou Kamoa-Kakula. Mais la distance entre les performances exportatrices records et les conditions de vie des communautés minières reste un défi structurel que ni les accords avec Washington ni les partenariats avec Pékin ne résoudront seuls.

La transition énergétique mondiale façonnera le prochain siècle. L’Afrique ne devrait pas seulement l’alimenter en minerais, mais contribuer à la définir. Les minerais critiques peuvent devenir un socle de prospérité partagée, mais seulement si les communautés locales sont traitées comme des acteurs économiques centraux et non comme des variables d’ajustement.

— Peter MOYI

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