Un diplomate congolais arrêté avec plus de 200 kg de cocaïne : Kinshasa réagit et rappelle sa politique de tolérance zéro

Partager

Le gouvernement congolais n’a pas tardé à hausser le ton. Jeudi 31 juillet, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé l’arrestation en Bulgarie de Jean de Dieu Mutebwa Mulumba, deuxième secrétaire de l’ambassade de la RDC au Benelux. L’affaire a de quoi surprendre : l’homme de 46 ans a été intercepté à la frontière bulgaro-turque, transportant à bord d’un véhicule diplomatique près de 200 kilos de cocaïne, selon les précisions recueillies par Le Monde Afrique. À ce jour, il s’agit du plus important volume de stupéfiants saisi sur un diplomate congolais.

La scène se déroule le 18 juillet, en pleine période estivale. Mutebwa Mulumba, affecté officiellement à Bruxelles, circule sans autorisation diplomatique vers Sofia. Son explication, relayée par les médias : il allait, affirme-t-il, acheter des cadeaux pour sa femme. Le contrôle routier bulgare met pourtant au jour une cargaison de cocaïne soigneusement dissimulée dans les bagages du véhicule. L’ambassade de RDC n’avait ni connaissance ni accordé de feu vert à ce déplacement.

À Kinshasa, l’affaire provoque une onde de choc. Les autorités parlent d’acte isolé, « radicalement contraire à l’éthique des représentants du Congo à l’étranger ». L’État congolais prend aussitôt des mesures fermes : retrait immédiat de l’agent, levée de son immunité, notification officielle à la Bulgarie, et dépêche d’une délégation composée de responsables des Affaires étrangères et de la Justice pour suivre le dossier sur place. L’objectif ? Montrer que la diplomatie congolaise refuse d’être associée, même de loin, à de tels trafics.

Dans la capitale congolaise, l’affaire suscite la consternation jusque dans les rangs des diplomates de carrière. Un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, joint par Lepoint.cd, déclare : « Nous n’avons aucune tolérance pour ce genre de dérapage. Le code de conduite de nos missions à l’extérieur est sans ambiguïté. » Cette réaction officielle vient aussi rassurer les partenaires internationaux, souvent inquiets des risques de corruption et de criminalité transfrontalière impliquant des détenteurs de passeports officiels.

Sur le plan légal, la République démocratique du Congo rappelle que chaque diplomate reste soumis à la législation du pays d’accueil, même si certaines protections s’appliquent. Pour Me Pierre Kapepula, expert en droit international cité par RFI, « la levée de l’immunité diplomatique dans ce genre d’affaire est la règle, surtout lorsqu’il s’agit de crimes avérés comme le trafic de stupéfiants ». Cela permet aux juridictions locales de poursuivre les enquêtes et, le cas échéant, d’engager des poursuites pénales.

L’opinion publique, elle, guette les suites. Des organisations de la société civile demandent la publication des résultats de l’enquête et souhaitent que la lumière soit faite sur de possibles complicités. Le gouvernement promet la transparence totale. Dans une région où l’image de la diplomatie congolaise a parfois été écornée, cette affaire rappelle l’importance d’un contrôle strict des agents en mission à l’étranger. Au sein des chancelleries africaines à Bruxelles, le dossier fait déjà couler beaucoup d’encre.

Reste une question : la RDC saura-t-elle aller jusqu’au bout et sanctionner sévèrement tout manquement, quels que soient le grade ou l’influence de l’intéressé ? C’est tout l’enjeu pour préserver l’intégrité de ses institutions à l’international.

— M. KOSI

En savoir +

A la Une