Des vidéos montrant d’importantes sommes d’argent en espèces circulant à Kinshasa, dans des valises à l’aéroport, dans une chambre d’hôtel ou dans des tiroirs, ont alimenté la confusion dans l’opinion publique ces derniers jours, certains évoquant une implication directe de la Banque centrale du Congo. Le gouverneur André Wameso a tenu le 9 avril 2026 à apporter des éclaircissements et à présenter les conclusions préliminaires des enquêtes engagées.
Sur les images de cash circulant en ville, le gouverneur rappelle un principe fondamental : la BCC ne traite pas avec des individus. Les fonds publics transitent normalement par le système bancaire, les comptes du Trésor étant logés à la Banque centrale. Des exceptions existent toutefois. Dans certains cas spécifiques, des paiements en espèces peuvent être autorisés via une dérogation formelle.
C’est ce qui s’est produit dans l’une des séquences diffusées. Une institution publique avait obtenu une dérogation pour un paiement en cash. Le comptable habilité a retiré les fonds au guichet de la BCC avant de régler un prestataire. « Le prestataire est venu réclamer son argent à la sortie du comptable », explique Wameso. « Au niveau des pratiques acceptées, il n’y a pas eu de problème », insiste-t-il, précisant que des vérifications complémentaires ont été confiées à d’autres services pour s’assurer de la régularité des transactions en dehors du cadre de la BCC.
La saisie à Ndjili : un écart avéré entre le montant autorisé et le montant transporté
L’affaire de l’aéroport de Ndjili est distincte et plus grave. Près de 20 millions de dollars ont été saisis lors d’un contrôle. L’argent appartenait à une messagerie financière disposant d’un agrément officiel pour transporter des fonds à travers le pays, notamment vers l’est de la RDC.
Lors du contrôle, les autorités ont constaté un écart : le montant effectivement prêt à être transporté dépassait celui mentionné dans la demande d’autorisation formulée auprès de la BCC. Face à cette violation des procédures, les fonds ont été saisis et consignés à la Banque centrale en attendant les conclusions de l’enquête.
Pour des experts en gouvernance financière, la communication du gouverneur et la distinction claire entre les deux affaires constituent un signal positif, conforme aux engagements de la RDC vis-à-vis du GAFI. Le pays a déjà réalisé environ 90 % des exigences de cette organisation en matière de lutte contre le blanchiment. Ces experts soulignent la nécessité de réduire progressivement l’usage du cash au profit de circuits bancaires traçables, une orientation que la BCC a d’ailleurs formalisée avec son plan de dédollarisation et d’interdiction du cash en dollars d’ici avril 2027.
— M. KOSI


