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Afrique : S&P alerte sur le retour du risque inflationniste avec un pétrole à 85 USD le baril

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S&P Global Ratings estime que l’amélioration récente du profil de crédit des États africains est fragilisée par les effets économiques du conflit au Moyen-Orient. La hausse des prix de l’énergie, le retour de l’inflation et le coût plus élevé de la dette pourraient peser sur plusieurs économies du continent en 2026.

Au début de l’année, les perspectives de crédit souverain en Afrique étaient mieux orientées, après deux années marquées par des relèvements de notation. Cette tendance est désormais menacée par la forte progression du prix du pétrole. Selon S&P, le Brent a augmenté d’environ 50 % depuis le début de l’année, ce qui pousse l’agence à retenir une hypothèse moyenne de 85 USD le baril pour le reste de 2026. Pour les pays africains importateurs nets de pétrole, cette hausse alourdit directement la facture énergétique. Elle oblige les États, les entreprises et les distributeurs à mobiliser plus de devises pour payer les importations de carburant, dans un contexte où plusieurs économies disposent déjà de marges limitées sur le marché des changes.

Le risque touche aussi les finances publiques. Des gouvernements qui avaient supprimé ou réduit les subventions aux carburants pourraient subir une pression sociale pour les rétablir. Une telle décision peut alléger temporairement le coût pour les ménages, mais elle pèse sur les budgets publics. Elle peut aussi compliquer le travail des banques centrales, car la hausse du carburant se transmet vite aux prix du transport, des produits alimentaires et des services. Même lorsque l’énergie représente une faible part dans l’indice des prix à la consommation, son effet indirect reste important pour la vie quotidienne.

Le choc énergétique menace aussi les prix alimentaires et les comptes publics

S&P attire aussi l’attention sur les engrais. Le Moyen-Orient reste un fournisseur important de soufre, un intrant utilisé dans la fabrication de certains fertilisants. Environ 40 % à 45 % des expéditions de soufre provenant de cette région sont destinées à l’Afrique. Les pays miniers comme la République démocratique du Congo et la Zambie sont cités parmi les économies exposées, car ce produit intervient aussi dans certaines chaînes industrielles liées aux minerais. Si les engrais coûtent plus cher ou arrivent plus difficilement, la production agricole peut ralentir. Cela peut ensuite nourrir la hausse des prix sur les marchés locaux, surtout dans les pays où l’alimentation pèse lourd dans les dépenses des ménages.

Les routes commerciales sont également concernées. Même si l’Afrique n’importe qu’environ 11 % de ses marchandises du Moyen-Orient, cette région reste un point de passage important pour certains produits. Dubaï, par exemple, sert de plateforme pour l’or et les diamants exportés par plusieurs pays africains, dont le Ghana, l’Ouganda et l’Éthiopie. Une perturbation prolongée des circuits de transit peut donc toucher les recettes d’exportation, réduire l’entrée de devises et peser sur les soldes courants. Le solde courant mesure l’écart entre ce qu’un pays gagne avec ses exportations et ce qu’il dépense pour importer des biens, des services et payer certains revenus à l’étranger. Quand les importations coûtent plus cher et que les exportations ralentissent, la pression sur les devises augmente.

Cette pression peut fragiliser les monnaies locales. Si les entreprises et les ménages demandent plus de dollars pour payer carburant, engrais ou produits importés, les banques centrales peuvent être amenées à puiser dans leurs réserves. Selon S&P, les réserves de change couvrent en moyenne environ trois mois d’importations en Afrique. Ce coussin pourrait se réduire si les déficits extérieurs se creusent. Le coût de l’emprunt constitue un autre point de vulnérabilité. Les États africains consacrent déjà près de 17 % de leurs recettes publiques au paiement des intérêts de la dette, un niveau supérieur à la moyenne mondiale. Cela laisse peu d’espace pour absorber un choc, surtout lorsque les budgets doivent aussi financer les salaires, les services publics et les dépenses sociales.

Dans ce contexte, S&P cite l’Égypte, le Mozambique et le Rwanda parmi les pays les plus exposés. À l’inverse, le Maroc, le Botswana, la République du Congo, ainsi que des exportateurs de pétrole comme le Nigeria et l’Angola, disposent de certains amortisseurs grâce à leurs revenus d’exportation ou à des réserves extérieures plus solides. Les grands producteurs de pétrole peuvent tirer profit de la hausse du brut, mais le gain n’est pas automatique. Plusieurs pays exportent du pétrole brut tout en important encore des carburants raffinés. Le Nigeria pourrait être mieux placé que d’autres grâce à l’augmentation de sa capacité de raffinage locale, notamment avec la raffinerie Dangote.

S&P retient pour l’instant un scénario où le conflit s’apaise progressivement et où les grandes routes commerciales, dont le détroit d’Ormuz, rouvrent. Si les tensions durent plus longtemps, l’Afrique pourrait faire face à une inflation plus forte, à des monnaies plus fragiles et à une pression budgétaire plus difficile à contenir.

— Peter MOYI

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