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Mines en RDC : malgré le boom du cuivre, les entreprises publiques accumulent 5,3 milliards USD de pertes

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La République démocratique du Congo continue de renforcer sa place parmi les grands producteurs mondiaux de cuivre. En 2025, le pays a exporté plus de 3,4 millions de tonnes de cuivre, porté par la demande mondiale dans les batteries, l’énergie et les infrastructures électriques. Pourtant, cette progression du secteur minier ne se reflète pas dans la situation financière des entreprises publiques congolaises. Selon le rapport économique de mars 2026 de la Banque mondiale, les sociétés appartenant à l’État ont cumulé près de 5,3 milliards USD de pertes entre 2014 et 2023.

Ce contraste remet au centre du débat la question de la gouvernance des entreprises publiques et de leur capacité à profiter réellement de la richesse minière du pays. D’après la Banque mondiale, les pertes annuelles moyennes de ces entreprises ont atteint 532 millions USD sur la période étudiée. Pour la seule année 2023, elles se sont élevées à 510 millions USD, soit 0,7 % du PIB, près de 6 % des recettes fiscales de l’État et presque l’équivalent du budget annuel consacré à la santé.

Au-delà des chiffres, ces pertes ont un impact direct sur les finances publiques. Elles réduisent les marges budgétaires de l’État pour financer les infrastructures, l’accès à l’électricité, l’eau, l’éducation ou encore les services de santé. Elles augmentent aussi les risques pour le Trésor public lorsque certaines sociétés doivent être soutenues financièrement afin d’éviter leur paralysie.

Des entreprises minières publiques sous pression

Dans le secteur minier, la situation de la MIBA illustre les difficultés structurelles des entreprises publiques. Longtemps considérée comme un acteur important du diamant dans le Kasaï, la société affiche aujourd’hui des déséquilibres financiers importants. La Banque mondiale indique que les charges de personnel représentent environ 137 % de son chiffre d’affaires. En pratique, cela signifie que les dépenses salariales dépassent les revenus générés par l’entreprise. Une telle situation limite fortement sa capacité à investir, moderniser ses équipements ou relancer durablement ses activités.

La Gécamines présente un profil différent. L’entreprise conserve des participations stratégiques dans plusieurs projets liés au cuivre et au cobalt et demeure l’une des principales sociétés minières publiques du pays. Le rapport souligne qu’elle figure parmi les entreprises publiques ayant enregistré les bénéfices les plus élevés. Mais cette rentabilité s’accompagne aussi d’un niveau d’endettement surveillé de près. Dans l’ensemble des dettes des entreprises publiques congolaises, la SNEL représente environ 75 %, tandis que la Gécamines concentre près de 16 %.

La Banque mondiale estime que l’amélioration de la situation passe par une réforme plus profonde du portefeuille public. L’institution recommande notamment la publication des accords de partenariat, des dividendes, des arriérés et des états financiers des entreprises minières publiques. Elle insiste aussi sur la nécessité de renforcer le contrôle des coûts, la gestion des actifs et les mécanismes de suivi financier.

Le rapport rappelle enfin que les difficultés ne concernent pas uniquement les mines. Plusieurs entreprises publiques opérant dans l’électricité, l’eau et les transports, comme la SNEL, la REGIDESO, la SNCC, l’ONATRA ou la RVA, restent confrontées à des problèmes de gestion, à des arriérés et à des tarifs parfois inférieurs aux coûts réels des services fournis.

Pour la RDC, l’enjeu est désormais de transformer la croissance des exportations minières en revenus durables pour l’économie nationale. Sans réforme de la gouvernance et de la gestion des entreprises publiques, l’augmentation de la production minière risque de profiter davantage aux opérateurs privés qu’au portefeuille de l’État.

— Peter MOYI

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