Les 25 et 26 novembre 2025, Kinshasa a accueilli la 4ᵉ édition de l’Africa Digital Innovation Summit (ADIS 2025). Pendant deux jours, responsables publics, régulateurs, entreprises et jeunes pousses numériques ont parlé d’une chose très concrète : comment faire du numérique un vrai outil de développement et de souveraineté pour la République démocratique du Congo.
De « DRC Digital Nation 2030 » aux chantiers sur le terrain
Le sommet s’est tenu au Centre Culturel et Artistique pour les Pays d’Afrique Centrale, sous le haut patronage du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi. L’Agence pour le Développement du Numérique (ADN) a organisé l’événement, en partenariat avec le ministère de l’Économie numérique et l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC). L’objectif était clair : mettre tout le monde autour de la même table, État, régulateur et secteur privé, pour avancer dans la même direction.
En ouvrant les travaux, le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, a rappelé la vision « DRC Digital Nation 2030 ». Cette feuille de route repose sur quelques idées simples : former les talents congolais, soutenir les start-up, moderniser les infrastructures et utiliser le numérique pour mieux collecter les recettes publiques et renforcer la transparence dans la gestion de l’État. Il a aussi insisté sur un point qui parle aux investisseurs : un cadre de règles stable et lisible pour encourager les projets technologiques sur le long terme.
Le thème général, « Accélérer la transformation digitale souveraine de l’Afrique », a servi de fil rouge aux échanges. Derrière cette formule, on retrouve des questions très concrètes : où installer les centres de données pour que les informations hébergées restent sous contrôle africain ? Comment déployer des dorsales nationales en fibre optique pour relier les provinces entre elles ? Comment assurer de bonnes interconnexions avec les pays voisins pour faire baisser le coût de l’internet ?
Les discussions ont aussi porté sur la protection des données personnelles, l’accès au financement pour les jeunes entreprises innovantes et le rôle des partenariats public-privé. L’idée est simple : l’État ne peut pas tout financer seul, mais il doit fixer les règles et créer un climat de confiance pour que les investisseurs et opérateurs privés s’engagent.
Plusieurs membres du gouvernement sont venus montrer comment le numérique s’insère déjà dans leur secteur. La ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a évoqué la réforme du système éducatif, avec l’usage des outils numériques pour l’apprentissage et la gestion des écoles. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a, lui, mis en avant la modernisation des procédures douanières et la digitalisation des démarches pour faciliter le commerce extérieur.
Très présente durant le sommet, l’ARPTC a joué un rôle central. Son président, Christian Katende, a rappelé que la mission de l’Autorité de régulation est d’accompagner, au quotidien, la vision du Chef de l’État qui veut faire de la RDC une nation numérique à l’horizon 2030. Il a détaillé plusieurs axes de travail : facilitation du déploiement des infrastructures de télécommunications, soutien aux projets de digitalisation des services publics, promotion des partenariats stratégiques et renforcement des compétences locales dans les métiers du numérique.
Il a aussi insisté sur un point souvent oublié : la protection de la propriété intellectuelle. Pour que les développeurs, les start-up et les créateurs congolais continuent à innover, leurs idées et leurs solutions doivent être protégées. L’ARPTC a exprimé sa disponibilité à travailler avec les autorités compétentes afin de mieux sécuriser les innovations locales et de rassurer les investisseurs qui misent sur des solutions conçues en RDC.
Les différentes interventions et panels ont permis de croiser les regards : responsables publics, opérateurs télécoms, incubateurs, start-up, mais aussi acteurs de la société civile. Les thèmes abordés ont touché à la gouvernance des plateformes numériques, aux mécanismes de financement, à l’interopérabilité des systèmes et à l’inclusion numérique, pour éviter qu’une partie de la population reste à l’écart de ces avancées.
ADIS 2025 a aussi donné une place importante aux initiatives citoyennes et aux jeunes talents. Les lauréats de plusieurs concours ont été mis à l’honneur : Smart Congo, Hack la Corruption, Code Win et Best Innovation. Ces prix récompensent des projets qui s’attaquent à des problèmes concrets, comme la transparence dans la gestion publique, la lutte contre la corruption, la simplification de services pour les citoyens ou encore l’amélioration du quotidien grâce au numérique.
La cérémonie de clôture s’est terminée par les remerciements du coordonnateur de l’ADN, suivis d’une nouvelle intervention du ministre de l’Économie numérique. Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre, avec l’ensemble des partenaires, une transformation digitale à la fois durable, inclusive et respectueuse de la souveraineté du pays.
En participant activement à ce sommet, l’ARPTC a réaffirmé son rôle de garant d’un environnement de régulation qui encourage l’innovation tout en protégeant les consommateurs. Le message envoyé depuis Kinshasa est clair : le numérique n’est plus seulement une question de technologie, c’est un levier de développement économique et social qui doit profiter à toute la population congolaise, des grandes villes aux zones les plus reculées.
— M. KOSI


