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Jeunesse africaine : vers la reconquête des opportunités sur le continent

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Dans les couloirs feutrés du forum Ambition Africa, une conviction s’est imposée à tous : l’Afrique ne manque ni d’idées, ni de talents, mais trop souvent de relais pour transformer le potentiel en réalité. Cette rencontre organisée à Paris par Business France a réuni, le temps d’une journée, décideurs publics, dirigeants d’entreprises et acteurs de la formation. L’objectif ? Ouvrir des perspectives aux jeunes Africains, ces millions de diplômés qui chaque année cherchent leur place dans une économie parfois trop fermée.

Des chiffres qui interpellent. Plus de 9,6 millions de jeunes africains se retrouvent chaque année sur un marché de l’emploi saturé, selon les données publiées en 2020 par la Banque africaine de développement. Beaucoup rêvent d’avenir, certains cèdent à la tentation de l’exil, privant le continent d’une énergie et de compétences précieuses. Ce constat traverse tous les échanges : comment garder sur place ceux qui font la richesse humaine de l’Afrique ?

Des solutions concrètes émergent. La table ronde animée par Asma Ennaifer, Dr Abdul-Fahd Fofana et Dognimani Patrick Sekongo n’a pas versé dans le fatalisme. Les intervenants ont partagé des expériences de terrain et mis en lumière des outils nouveaux. C’est le cas de la plateforme INVEA, qui s’emploie à relier les jeunes diplômés aux entreprises, tout en leur offrant des formations adaptées aux réalités du marché local. Résultat : depuis 2014, plus de 16 520 jeunes ont été accompagnés vers l’emploi ou l’entrepreneuriat, que ce soit au Sénégal, aux Comores ou ailleurs.

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Changer la donne, un partenariat après l’autre. Derrière les discours, des initiatives prennent forme. INVEA propose, avec son programme Manager Durable, des parcours personnalisés, en lien avec de grands groupes comme Société Générale ou CMA CGM. L’idée n’est plus seulement de former, mais d’accompagner les talents dans la durée, pour bâtir un tissu économique résilient. Certains employeurs, longtemps frileux, découvrent l’intérêt d’investir dans la jeunesse locale : moins de turn-over, plus d’engagement, une meilleure adaptation aux enjeux régionaux.

Au cœur de ces actions : l’humain. Les témoignages entendus à Ambition Africa racontent tous la même histoire : derrière chaque projet, il y a une trajectoire individuelle, une prise de risque, parfois un retour au pays après une expérience à l’étranger. Cette dimension humaine transforme la formation en aventure collective. Loin des clichés, c’est dans la diversité des profils que se dessine l’avenir du continent.

Un point d’attention particulier : la jeunesse congolaise. En République démocratique du Congo, près de 70 % de la population a moins de 25 ans, ce qui place le pays parmi les plus jeunes au monde. Ce vivier de compétences et d’idées constitue une véritable richesse, souvent sous-estimée. Les jeunes Congolais font preuve d’une créativité remarquable, que ce soit dans l’innovation, l’entrepreneuriat ou la culture digitale. Soutenir leur accès à la formation et à l’emploi ne profite pas seulement aux individus : c’est toute la nation qui peut, grâce à eux, envisager une croissance plus inclusive et durable. Miser sur cette jeunesse, c’est investir dans la transformation du Congo, et offrir au pays la chance de révéler enfin tout son potentiel.

Pourquoi ce regain d’intérêt ? Sans doute parce que la crise du Covid-19 a rappelé aux décideurs la nécessité de repenser la gestion des compétences, de renforcer la formation continue, et d’accélérer la digitalisation des outils pédagogiques. Les jeunes Africains ne se contentent plus d’attendre : ils cherchent à maîtriser les codes de l’économie numérique, à monter des projets et à rejoindre des réseaux qui les valorisent.

Le défi, désormais, c’est d’accélérer. Les initiatives comme Ambition Africa offrent une rampe de lancement. Mais pour que la promesse devienne réalité, il faudra des politiques publiques volontaristes, des financements adaptés et une collaboration soutenue avec les acteurs privés. Les chiffres sont là : plus de 16 500 jeunes formés en quelques années, c’est un début. Mais le marché africain aura besoin de centaines de milliers d’emplois nouveaux d’ici à 2030, selon l’OCDE.

Un constat ressort de cette édition : l’avenir du continent dépendra de la capacité de ses acteurs à miser sur la jeunesse, à créer des synergies et à croire en l’émergence d’un écosystème africain de l’innovation. Rien ne sera simple, mais une nouvelle génération d’entrepreneurs, d’ingénieurs et de créateurs frappe déjà à la porte.

— M. KOSI

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