Le Fonds de promotion de l'industrie réclame près de 350 millions de dollars à des centaines d'entreprises et de particuliers qui n'ont pas remboursé ses prêts. En 2020, l'ardoise était estimée à 150 millions. Les ultimatums se succèdent, la liste des débiteurs reste confidentielle, et le fonds récupère chaque année une fraction de ce qu'il prête.

Le Fonds de promotion de l’industrie réclame près de 350 millions de dollars à des centaines d’entreprises et de particuliers qui n’ont pas remboursé ses prêts. En 2020, l’ardoise était estimée à 150 millions. Les ultimatums se succèdent, la liste des débiteurs reste confidentielle, et le fonds récupère chaque année une fraction de ce qu’il prête.
Le 3 août 2026, à Kinshasa, le ministre d’État Justin Kalumba Mwana-Ngongo, ministre intérimaire de l’Industrie, a lancé un dernier avertissement aux débiteurs du Fonds de promotion de l’industrie (FPI). « Le recouvrement forcé va commencer à l’issue de ces 30 jours… Nous allons être sans pitié », a-t-il déclaré. En jeu, environ 350 millions de dollars de prêts accordés par l’établissement public et jamais remboursés. Le délai fixé par la commission spéciale de recouvrement a expiré le 24 août 2026.
Ce montant ne cesse de grimper. Le 6 mars 2020, le directeur général de l’époque, Patrice Kitebi, avait déjà donné 48 heures aux débiteurs pour régler leur dette à l’amiable. Le ministre de l’Industrie Julien Paluku chiffrait alors l’ardoise à environ 150 millions de dollars. Le 10 avril 2026, une note présentée en Conseil des ministres l’évaluait à près de 300 millions de dollars. Trois mois plus tard, les communications officielles parlaient de près de 350 millions.
| Créances en souffrance | |
|---|---|
| Mars 2020 | 150 M USD |
| Avril 2026 | 300 M USD |
| Juillet 2026 | 350 M USD |
Selon Congo Herald, qui a publié en juillet 2026 une notation de l’établissement, ces créances se répartissent sur plus de 500 dossiers. En moyenne, chaque dossier représente donc environ 600 000 dollars de créances impayées. Ce montant dépasse le plafond statutaire de 500 000 dollars par PME rapporté par le même média. L’écart peut tenir aux intérêts et pénalités accumulés sur des prêts anciens, dont certains ont près de vingt ans selon Justin Kalumba. Il peut aussi tenir à des prêts accordés au-delà du plafond. Seule la publication du détail des dossiers permettrait de trancher.
Le fonds prête beaucoup plus qu’il ne récupère. Selon les chiffres de son ancienne direction, repris par Congo Herald et non audités, le FPI a financé 80 projets et décaissé 115,6 millions de dollars en 2023, contre environ 50 millions en 2022. La même année, il a récupéré environ 37 milliards de francs congolais de remboursements, soit moins de 20 millions de dollars. À ce rythme, le stock de créances impayées ne peut que gonfler. Or ses prêts sont financés par la taxe de promotion de l’industrie, prélevée à 2 % sur la production locale et sur les importations. Chaque prêt non remboursé est donc de l’argent public collecté auprès des industriels et des importateurs, qui ne revient pas.
La réponse de l’État s’est structurée cette année, après six ans d’inertie. Le 2 avril 2026, le FPI a confié à KPMG RDC la restructuration de son portefeuille de prêts, pour 160 925,64 dollars toutes taxes comprises. La procédure avait démarré en 2024, et l’offre du cabinet était datée du 6 mars 2024, soit plus de deux ans avant la signature. Le 10 avril, le Conseil des ministres a acté la création d’une commission spéciale. Le 26 juin, le président Félix Tshisekedi a demandé aux ministres de l’Industrie et de la Justice un plan de recouvrement renforcé. En juillet, la Première ministre Judith Suminwa a présidé deux réunions de la commission. Celle-ci réunit la Cour de cassation, l’Inspection générale des finances, l’Agence nationale de renseignements, la Direction générale de migration et le Conseil national de cybersécurité.
Les débiteurs ont été répartis en six catégories, selon l’Agence congolaise de presse. Les mesures prévues contre les mauvais payeurs vont de la publication de la liste des défaillants à la saisie des biens. Elles incluent la transmission des noms aux banques, des poursuites judiciaires et des restrictions administratives ou sécuritaires, qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction de sortie du territoire. La loi du 28 juin 2023 sur le privilège du Trésor donne au fonds un outil juridique. En juin 2026, il a formé ses premiers agents comme officiers de police judiciaire à compétence restreinte.
L’identité des débiteurs reste toutefois protégée. Le gouvernement a choisi de ne pas la divulguer à ce stade. Le seul progrès rendu public est qualitatif. « Certains débiteurs de bonne foi nous ont écrit afin d’engager des négociations », a indiqué Justin Kalumba en juillet. Le ministre a aussi rejeté les critiques qualifiant l’opération de « chasse aux sorcières ».
L’expérience de 2020 invite à la prudence. Après l’ultimatum de 48 heures, le FPI avait mis en vente, en octobre 2020, 31 immeubles saisis chez des débiteurs insolvables. Quatorze se trouvaient à Kinshasa, sept à Matadi, trois à Lubumbashi, trois à Bukavu, deux à Kisangani, un à Beni et un à Gemena. Le produit de ces ventes n’a jamais été rendu public. Six ans plus tard, les créances impayées ont plus que doublé.
La gouvernance du fonds explique une partie du problème. Le FPI dépend de deux ministères de tutelle, l’Industrie et le Portefeuille. La présidente de son conseil d’administration, la sénatrice Vicky Katumwa Mukalayi, a été reconduite en juillet 2025. Elle présidait déjà le conseil sous la direction précédente, celle qui a laissé filer les créances. Le nouveau directeur général, Hervé Claude Ntumba Batukonke, présenté comme un ancien de la Banque mondiale, a pris ses fonctions le 11 août 2025. La page des rapports annuels du site du FPI reste vide, et les rapports de ses commissaires aux comptes ne sont pas publiés.
L’enjeu dépasse les comptes du fonds. Le FPI est l’un des rares outils publics de financement des PME industrielles en RDC. Le ministère de l’Industrie le reconnaît lui-même, l’accumulation des impayés limite sa capacité à financer de nouveaux projets. Les 350 millions de dollars en souffrance représentent près de 60 % des 593 millions que le fonds visait à mobiliser en 2025, et l’équivalent de trois années de décaissements au rythme de 2023.
La Rédaction, Lepoint.cd





Chaque jour, les informations économiques de la RDC qu’il ne faut pas rater, directement sur votre téléphone.
Rejoindre la chaîne
Connectez-vous à votre compte LePoint.cd