Le projet Manono Lithium, estimé à 2 milliards USD, avance vers une mise en service progressive en 2026 dans la province du Tanganyika. Le 7 mai 2026, les responsables de Manono Lithium SAS ont présenté au ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, l’état d’avancement des infrastructures minières, énergétiques et logistiques liées à ce gisement stratégique. Pour les autorités congolaises, l’enjeu dépasse désormais la simple extraction du lithium. La RDC veut utiliser ce projet pour développer une chaîne de valeur locale autour des minerais utilisés dans les batteries, les véhicules électriques et les technologies liées aux énergies renouvelables.
Le projet réunit Zijin Mining Group, la COMINIÈRE SA et l’État congolais. Parmi les infrastructures annoncées figurent une unité de séparation en milieu dense, un système de fonderie, des routes ainsi que des installations liées au port de Kalemie. Le gouvernement congolais considère ces investissements comme une étape importante pour renforcer les capacités industrielles du pays dans le secteur des minerais stratégiques. Dans cette logique, les autorités insistent sur la nécessité de transformer une partie des minerais sur le territoire national au lieu de limiter l’activité à l’exportation de matières premières.
La centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, annoncée avec une capacité de 37,5 MW, occupe aussi une place importante dans le projet. Elle doit alimenter les installations industrielles de Manono Lithium et soutenir les besoins énergétiques liés à la transformation locale du lithium et de l’étain. Dans une province confrontée à un déficit d’infrastructures et à des difficultés d’accès à l’énergie, cet investissement pourrait avoir des effets plus larges sur l’activité économique locale si les infrastructures profitent également aux populations et aux entreprises de la région.
Selon les chiffres avancés par les promoteurs du projet, plus de 1 200 travailleurs congolais sont déjà employés sur le site, avec plusieurs milliers d’emplois indirects annoncés autour des activités de sous-traitance, du transport et des services. Ces retombées restent toutefois observées avec attention, notamment sur la qualité des emplois créés, la formation technique des travailleurs congolais et la place accordée aux entreprises locales dans la chaîne de sous-traitance.
Le ministre des Mines a également demandé à l’entreprise de maintenir un dialogue régulier avec les communautés locales et les autorités provinciales. Il a insisté sur la production de rapports trimestriels et sur la nécessité de préparer l’après-mine afin d’éviter que les populations locales ne restent dépendantes uniquement de l’activité extractive. Cette question reste sensible dans plusieurs zones minières de la RDC où les attentes sociales autour des grands projets restent élevées.
Le projet Manono évolue aussi dans un contexte international marqué par des tensions autour des permis miniers. Reuters rappelle que ce gisement figure parmi les plus grands projets de lithium en roche dure encore non développés dans le monde. La première production congolaise de lithium est attendue en juin 2026, dans un dossier marqué par le différend lié à l’annulation du permis d’AVZ Minerals et à la réattribution d’une partie du site à Manono Lithium.
Pour la RDC, l’enjeu est désormais de démontrer que le lithium peut produire plus que des recettes d’exportation. Kinshasa cherche à faire de Manono un projet capable de soutenir l’industrialisation, l’énergie, les infrastructures et l’emploi local dans le Tanganyika.
— Peter MOYI


