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RDC : MIFOR, 28,9 milliards USD et 20 milliards de tonnes, mais toujours aucun investisseur en vue

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Le gouvernement congolais mise sur le projet de fer MIFOR, évalué à 28,9 milliards USD, pour élargir son secteur minier. Le gisement affiche jusqu’à 20 milliards de tonnes de ressources, mais le projet reste sans partenaire financier ni promoteur officiel à ce stade.

MIFOR a été présenté en janvier 2026 comme un projet intégré. Il combine l’extraction du minerai, sa transformation industrielle et la mise en place d’un corridor logistique dédié. L’objectif est clair : produire localement et structurer toute la chaîne, de la mine jusqu’à l’exportation. Cette approche vise à éviter le modèle classique où les matières premières sont exportées sans transformation.

Le plan prévoit une durée d’exploitation de 25 ans. La production pourrait démarrer à 50 millions de tonnes par an, avec une montée progressive jusqu’à 300 millions de tonnes. Ce niveau placerait le projet parmi les plus grands au monde dans le secteur du fer. Mais ces projections restent théoriques tant que les bases techniques et financières ne sont pas fixées.

Un projet stratégique mais encore sans base technique solide

Pour encadrer le projet, les autorités ont mis en place une commission interministérielle. Son rôle est de structurer le dossier et d’attirer des investisseurs capables de financer une infrastructure aussi lourde. En parallèle, Kinshasa a engagé des discussions avec la Chine à travers un mémorandum d’entente entre les ministres des Mines des deux pays.

Ce mécanisme prévoit un accompagnement du projet par des entreprises chinoises, notamment via leur chambre de commerce. Il inclut aussi la possibilité de déployer progressivement des unités industrielles. Sur le papier, cela pourrait accélérer la mise en œuvre. Mais en pratique, les engagements restent peu détaillés. Aucun financement n’a été annoncé, et aucun contrat contraignant n’a été signé.

Autre point important, le projet ne dispose pas encore d’étude de faisabilité technique. Ce document est pourtant central. Il permet de vérifier si le projet est rentable, combien il coûtera réellement et dans quels délais il peut être lancé. Sans cette étude, il est difficile pour un investisseur de s’engager.

Dans ce contexte, l’absence de calendrier officiel renforce l’incertitude. Le projet existe sur le plan stratégique, mais il n’a pas encore franchi les étapes techniques qui permettent de passer à la phase d’exécution.

Au-delà de MIFOR, l’enjeu est plus large. La RDC dépend fortement du cuivre et du cobalt pour ses exportations. Développer une filière fer permettrait de diversifier les revenus et de réduire cette dépendance. Cela pourrait aussi créer une activité industrielle locale, avec des effets sur l’emploi et les infrastructures.

Les autorités évoquent un chiffre d’affaires cumulé de plus de 679 milliards USD sur toute la durée du projet. Ce montant donne une idée du potentiel économique. Mais il dépend de plusieurs facteurs : les prix du fer sur le marché international, les coûts d’investissement, la stabilité du cadre réglementaire et la capacité du pays à attirer des partenaires solides.

Enfin, le projet s’inscrit dans un contexte de concurrence internationale. Les entreprises chinoises dominent déjà une grande partie du secteur minier congolais. Leur implication dans MIFOR renforcerait encore cette position, comme on l’a vu avec d’autres projets en Afrique, notamment en Guinée. Kinshasa cherche donc à diversifier ses partenaires pour éviter une concentration excessive.

Pour l’instant, MIFOR reste une ambition structurante. Les chiffres sont élevés, les objectifs sont clairs, mais les bases opérationnelles restent à construire.

— Peter MOYI

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