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Hydrocarbures

ZIC RDC-Angola : 2,78 milliards de dollars espérés, face à un manque à gagner estimé à 78,8 milliards

Kinshasa et Luanda mettent en œuvre leur zone pétrolière commune et se partageront ses recettes à parts égales. Une étude confidentielle remise à la présidence congolaise en 2022 chiffrait pourtant à 78,8 milliards de dollars le pétrole tiré par l'Angola, entre 2009 et 2021, de blocs que la RDC pourrait revendiquer. La frontière maritime n'est toujours pas tracée.

ZIC RDC-Angola : 2,78 milliards de dollars espérés, face à un manque à gagner estimé à 78,8 milliards – : zone d'intérêt…
perenco

Kinshasa et Luanda mettent en œuvre leur zone pétrolière commune et se partageront ses recettes à parts égales. Une étude confidentielle remise à la présidence congolaise en 2022 chiffrait pourtant à 78,8 milliards de dollars le pétrole tiré par l’Angola, entre 2009 et 2021, de blocs que la RDC pourrait revendiquer. La frontière maritime n’est toujours pas tracée.

Le 22 juillet 2026, à Luanda, la ministre d’État congolaise aux Hydrocarbures Acacia Bandubola Mbongo et le ministre angolais des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz Diamantino Pedro Azevedo ont signé un avenant au contrat de partage de production du bloc 14/23. Le 14 août, le Conseil des ministres congolais a entériné l’opérationnalisation de l’accord de gouvernance de la Zone maritime d’intérêt commun (ZIC). Après dix-neuf ans de négociations, le dossier entre dans sa phase d’exécution.

L’enjeu financier affiché est modeste au regard du différend. En octobre 2024, le ministère congolais des Finances estimait à 5,56 milliards de dollars les recettes fiscales que le projet pourrait générer pour les deux États. La part théorique de la RDC serait donc d’environ 2,78 milliards de dollars. Ce montant reste une projection. Il dépendra des réserves découvertes, des volumes produits, des investissements nécessaires et du prix du baril.

Le mécanisme de partage est fixé. Les recettes publiques (bonus, taxes pétrolières, redevances superficiaires, pénalités) alimentent un compte commun réparti à 50 % pour Kinshasa et 50 % pour Luanda. La production n’est pas partagée brute. Le consortium récupère d’abord ses coûts éligibles, puis le profit-oil restant est divisé entre les compagnies et les États. La part des États est ensuite répartie à égalité entre les deux capitales. Une commission de supervision de ce compte doit se réunir dans les trente jours suivant la signature de Luanda.

Le bloc 14/23 est opéré par Cabgoc, filiale de Chevron, qui en détient 31 %. Azule Energy, la coentreprise de BP et Eni, et l’angolaise Etu Energias en ont chacune 20 %. Sonangol et la congolaise Sonahydroc détiennent chacune 10 %, et Galp les 9 % restants. La zone se situe entre le sud du bloc 14 et le nord des blocs 1, 15 et 31, déjà exploités par l’Angola.

Chevron opère le bloc 14/23 avec 31 % des parts
Répartition des intérêts dans le bloc 14/23 de la Zone maritime d'intérêt commun, en %
Bloc 14/23Cabgoc (Chevron) 31,0 %Cabgoc (Chevron) 31,0 %Azule Energy 20,0 %Etu Energias 20,0 %Sonangol 10,0 %Sonahydroc 10,0 %Galp 9,0 %
Source : Gouvernement de la RDC, Conseil des ministres du 14 août 2026LePoint.cd
Voir les données
Cabgoc (Chevron)Azule EnergyEtu EnergiasSonangolSonahydrocGalp
Bloc 14/2331 %20 %20 %10 %10 %9 %

Ces blocs voisins sont au cœur du contentieux. En mars 2023, la lettre d’information Africa Intelligence a révélé l’existence d’une étude financée par la Banque mondiale et réalisée pour le Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS). La presse économique congolaise l’a ensuite largement relayée. Remise en août 2022, l’étude évalue à 78,8 milliards de dollars la valeur du pétrole et du gaz tirés par l’Angola, entre 2009 et 2021, des blocs 15, 15/06 et 31. Ces blocs sont situés au large du Kongo Central, dans un espace maritime que la RDC pourrait revendiquer. Le document qualifie lui-même ce montant de sous-estimé, car il est calculé sur des hypothèses basses et certains blocs produisaient dès la fin des années 1990.

Le fond du litige est géographique. La RDC dispose d’une façade atlantique d’une quarantaine de kilomètres, prise en tenaille entre le territoire angolais au sud et l’enclave de Cabinda au nord. Ses eaux territoriales ne s’étendent qu’à 22,2 km des côtes. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer lui permettrait pourtant de revendiquer une zone économique exclusive de 200 milles marins, soit environ 370 km.

Kinshasa a fait valoir ses droits devant l’ONU. Le 11 mai 2009, elle a transmis à la Commission des limites du plateau continental des informations préliminaires et sa loi délimitant ses espaces maritimes. Le 31 juillet 2009, l’Angola a rejeté le texte comme une délimitation unilatérale, contraire à l’article 83 de la Convention, qui prévoit un tracé par accord. En décembre 2013, Luanda a déposé sa propre demande. Kinshasa l’a contestée par une lettre au secrétaire général de l’ONU en avril 2014, estimant qu’elle ne lui laissait aucun accès à la haute mer.

La ZIC, créée par l’accord de Luanda du 30 juillet 2007 et ratifiée par la RDC en novembre de la même année, est un compromis. Elle organise une exploitation commune sans préjuger de la délimitation définitive de la frontière. Le chercheur Congo Research Group avance plusieurs raisons à la prudence de Kinshasa. Il cite le soutien militaire de Luanda pendant la guerre de 1998, le rôle de médiateur de l’Angola dans le conflit avec le Rwanda, et la dépendance croissante du cuivre katangais au port angolais de Lobito.

Le rapport de force industriel pèse aussi. L’Angola produit plus d’un million de barils par jour avec les majors internationales. La production congolaise, assurée par Perenco au large de Moanda, tourne autour de 25 000 barils par jour selon le Congo Research Group. Le bloc 14/23 doit encore franchir les étapes de l’exploration et du développement avant de produire le moindre baril. L’avenant de juillet ouvre ce chantier, sans trancher la question de la frontière.

La Rédaction, Lepoint.cd