La Directrice générale de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE), Soraya Aziz Moto, a visité cette semaine deux centrales solaires en construction dans le Lualaba, chacune appelée à fournir une capacité d’environ 60 MW. Ces projets, développés autour du complexe minier de Kamoa-Kakula, traduisent l’accélération des investissements privés dans l’énergie solaire industrielle en République démocratique du Congo.
La visite s’inscrit dans le rôle de suivi réglementaire de l’ARE, chargée d’accompagner le développement du secteur électrique congolais tout en veillant à la mise en place d’un cadre attractif pour les investisseurs. Sur le terrain, la Directrice générale a notamment relevé l’avancement du projet porté par CrossBoundary Energy, présenté comme l’un des plus grands investissements solaires actuellement en cours dans le pays. Selon Kamoa Copper, l’accord signé avec CrossBoundary Energy prévoit une centrale photovoltaïque de 222 MWc associée à un système de stockage par batteries de 526 MWh, afin de garantir une fourniture renouvelable de base de 30 MW au complexe Kamoa-Kakula.
Solaire, batteries et production minière
Le second site visité concerne un autre projet solaire de taille comparable, associé à Green World Energie. Selon les données communiquées par Kamoa Copper, cette installation doit combiner une centrale solaire d’environ 186 MWc et un système de stockage de 581 MWh, afin de fournir une énergie plus stable aux opérations minières et réduire le recours aux générateurs diesel. D’autres sources spécialisées évoquent une capacité installée autour de 200 MWc pour cette phase, avec le même niveau de stockage de 581 MWh.
Ces investissements répondent à une contrainte devenue centrale dans l’industrie minière congolaise : la disponibilité d’une électricité stable, suffisante et compétitive. À Kamoa-Kakula, la demande énergétique augmente avec la montée en puissance des concentrateurs, de la fonderie et des infrastructures de traitement du cuivre. Le recours au solaire avec batteries permet de réduire une partie du déficit énergétique, tout en améliorant la prévisibilité de l’approvisionnement.
Dans son intervention sur site, la Directrice générale de l’ARE a indiqué que le premier objectif opérationnel est d’atteindre une production minimale de 5 MW autour du 23 juin, avant une montée progressive vers 60 MW. Elle a également affirmé que le projet devrait pouvoir entrer dans une phase plus avancée d’ici le 31 juillet, en précisant que la régulation ne devait pas constituer un obstacle à son exécution.
L’ARE affirme ainsi vouloir jouer un rôle d’accompagnement plutôt que de blocage. Cette position est importante pour les opérateurs privés, souvent confrontés à des difficultés logistiques, fiscales ou administratives dans la mise en œuvre de projets énergétiques en RDC. Pour Soraya Aziz Moto, le travail réglementaire doit permettre de sécuriser les investissements tout en contribuant à la réduction du déficit énergétique du secteur minier et, à terme, à l’amélioration de l’accès à l’électricité pour les communautés locales.
Au-delà de Kamoa-Kakula, ces projets donnent une indication sur l’évolution du modèle énergétique minier en RDC. Les grands groupes ne cherchent plus seulement à s’approvisionner auprès du réseau public. Ils développent désormais des solutions hybrides, combinant hydroélectricité, solaire, batteries et contrats privés d’achat d’électricité. Cette mutation peut soutenir la production de cuivre moins carbonée, mais elle pose aussi une question de politique publique : comment faire en sorte que ces investissements privés profitent également aux territoires environnants et ne restent pas limités aux seuls besoins des mines.
— M. KOSI



