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Katanga, Mwadingusha, un contrat d’électricité privé signé en 1925, encore cité comme modèle technique

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En 1925, au Katanga, le lancement de la centrale hydroélectrique de Mwadingusha s’appuie sur un contrat d’achat d’électricité entre un producteur et un industriel, présenté comme le premier « corporate PPA » hydroélectrique de la province. Un siècle plus tard, ce texte retient l’attention par sa logique économique, sécuriser un investissement lourd grâce à des règles tarifaires et contractuelles très précises, et réduire les risques liés à l’inflation et à l’interruption de service.

Le schéma est classique pour une infrastructure énergétique, mais rare pour l’époque dans son niveau de détail. La SOGEFOR finance et exploite l’ouvrage. À partir de 1930, Mwadingusha alimente les usines électro-métallurgiques de l’UMHK à Likasi et Fungurume, avec 30 MW de puissance installée et une double ligne de 120 kV. À ce niveau, 30 MW suffisent à soutenir une base industrielle en continu, à condition de maîtriser la disponibilité technique et la stabilité du prix de l’énergie.

Ce que le PPA de 1925 dit déjà sur la gestion du risque, prix indexé, take-or-pay et pénalités

Le cœur du contrat repose sur une allocation nette des responsabilités. Le producteur doit financer, construire, exploiter et vendre l’intégralité de sa production sur 20 ans. Cette durée longue n’est pas un détail, elle permet d’amortir une centrale et ses lignes, donc de rendre le prix de vente soutenable pour l’acheteur tout en garantissant au producteur une visibilité de recettes.

Mwadingusha

Le texte inclut une clause de take-or-pay. Dans la pratique, l’acheteur s’engage à payer une quantité convenue même s’il ne consomme pas tout. C’est un outil de bancabilité, il réduit le risque de demande et rend le projet finançable, car les revenus attendus deviennent prévisibles. Le contrat prévoit aussi des indemnités forfaitaires en cas d’interruption, une manière de mettre un prix sur la disponibilité et de pousser l’opérateur à maintenir le service, point sensible pour l’industrie électro-métallurgique où un arrêt d’énergie peut coûter très cher.

La dimension la plus « monétaire » du dispositif est le prix. Le tarif est dégressif par tranches selon la consommation mensuelle, 4,5 cent-or/kWh pour les 5 premiers millions de kW/h, puis 3,5, puis 1 cent-or. Ce type de grille encourage une consommation régulière, améliore le facteur de charge de la centrale et stabilise les flux financiers du producteur. Surtout, le prix est adossé à l’or pour neutraliser l’inflation. Autrement dit, le contrat cherche déjà à protéger la valeur réelle des paiements, un mécanisme d’indexation qui répond à un risque macroéconomique classique, la monnaie perd de la valeur, les coûts et les recettes se décalent, les investissements deviennent difficiles à rentabiliser.

Sur le plan économique, Mwadingusha apporte aussi deux effets immédiats présentés comme stratégiques, réduire la dépendance au charbon à coke zimbabwéen et répondre au manque chronique de main-d’œuvre minière, en substituant de l’énergie hydroélectrique à une partie des contraintes logistiques et humaines de la production industrielle.

La centrale reste en activité. Elle a été rénovée en 2022 avec ANDRITZ Hydro et Cegelec, grâce à un financement du groupe Ivanhoe Mines, et elle est aujourd’hui exploitée par la SNEL.

Peter MOYI

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