Le ministère des Finances assure que l’argent du premier Eurobond congolais finance déjà des aéroports et une centrale électrique. Les états de suivi budgétaire du ministère du Budget, eux, n’enregistrent aucun paiement sur la ligne « Investissements sur Eurobond » au 31 août 2026. Les deux autres grandes sources de financement de l’investissement public, le contrat chinois et les bailleurs, sont aussi presque à l’arrêt.

Le ministère des Finances assure que l’argent du premier Eurobond congolais finance déjà des aéroports et une centrale électrique. Les états de suivi budgétaire du ministère du Budget, eux, n’enregistrent aucun paiement sur la ligne « Investissements sur Eurobond » au 31 août 2026. Les deux autres grandes sources de financement de l’investissement public, le contrat chinois et les bailleurs, sont aussi presque à l’arrêt.
En avril 2026, la RDC est entrée pour la première fois sur les marchés financiers internationaux. Elle a levé 1,25 milliard de dollars en deux tranches, à échéance 2032 et 2037, avec des coupons de 8,75 % et 9,50 %. Les investisseurs avaient proposé près de 5 milliards de dollars. Le gouvernement a présenté l’opération comme un levier pour les routes, les aéroports, l’énergie et la mobilité urbaine.
Le 8 août, le directeur de cabinet du ministre des Finances, Alain Malata, a fait le point. Selon lui, 137 894 270,17 dollars avaient déjà été décaissés au profit de trois projets. La centrale hydroélectrique de Grand Katende et ses lignes vers Kananga, Mbuji-Mayi, Bukonde et Tshimbulu ont reçu 48,0 millions de dollars. La modernisation des aéroports internationaux de N’Djili et de Luano en a reçu 89,9 millions. Au taux de fin août, environ 2 273 francs congolais (CDF) pour un dollar, cela représente environ 313 milliards de CDF.
Trois semaines plus tard, le document du ministère du Budget raconte autre chose. Ses états de suivi budgétaire (ESB) à fin août classent la rubrique « Investissements sur Eurobond » parmi celles qui « n’ont connu aucun début d’exécution ». La loi de finances y avait pourtant inscrit 1 504,4 milliards de CDF pour l’année, soit 1 002,9 milliards sur les huit premiers mois. Au taux de fin août, l’enveloppe annuelle équivaut à environ 662 millions de dollars, un peu plus de la moitié de l’emprunt.
Deux lectures sont possibles. Soit les décaissements annoncés par les Finances ne sont pas encore passés par la chaîne de la dépense publique et sortent par un autre circuit. Soit ils ont bien été payés, mais n’apparaissent pas dans les comptes. Le ministère du Budget pointe lui-même cette seconde faiblesse. Dans ses observations finales, il demande à la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique d’intégrer les avis de débit transmis par la Banque centrale du Congo, afin de produire des états « exhaustifs et crédibles ». Dans les deux cas, l’argent emprunté sur les marchés échappe au suivi régulier du budget, alors que le FMI a insisté sur une utilisation « transparente et efficace » de ces ressources.
La facture, elle, court déjà. Avec des coupons de 8,75 % et 9,50 %, les intérêts de l’Eurobond représentent entre 109 et 119 millions de dollars par an selon la répartition entre les deux tranches. C’est un montant proche de celui que les Finances disent avoir décaissé en quatre mois.
L’Eurobond n’est pas un cas isolé. Les investissements financés par la cession d’actifs miniers, issus du contrat sino-congolais, atteignent 5,6 milliards de CDF sur 499,9 milliards prévus, soit 1,1 %. Les investissements financés par les partenaires extérieurs plafonnent à 705,7 milliards sur 2 716,9 milliards, soit 26,0 %. Seuls les investissements sur ressources propres (1 048,1 milliards sur 1 314,9 milliards, soit 79,7 %) et ceux transférés aux provinces (939,6 milliards sur 934,3 milliards) suivent le rythme prévu.
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Prévu Réalisé Ressources extérieures 2 716,9 Mds CDF 705,7 Mds CDF Ressources propres 1 314,9 Mds CDF 1 048,1 Mds CDF Transferts aux provinces 934,3 Mds CDF 939,6 Mds CDF Eurobond 1 002,9 Mds CDF 0,0 Mds CDF Contrat chinois 499,9 Mds CDF 5,6 Mds CDF
Additionnées, ces cinq sources devaient financer 6 468,9 milliards de CDF d’investissements sur huit mois. Elles en ont payé 2 699,0 milliards, soit 41,7 %. Les crédits votés pour l’année entière s’élevaient à 9 703,8 milliards. Pendant ce temps, les lignes de fonctionnement de l’État dépassaient leur enveloppe annuelle.
Pour les entreprises du BTP, de l’énergie et des équipements, l’écart se lit dans les carnets de commandes. Les projets annoncés à la Rocade Nord-Est de Kinshasa, sur la RN4 entre Kisangani et Beni ou à Grand Katende ne deviennent des contrats et des paiements qu’à travers ces lignes. Le gouvernement s’est engagé à absorber cette année l’intégralité des ressources de l’Eurobond prévues au budget. Il lui reste quatre mois et 1 504,4 milliards de CDF de crédits à faire passer dans la chaîne de la dépense.
La Rédaction, Lepoint.cd





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