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La RDC sort de la liste grise du GAFI mais reste sur la liste noire de l’Union européenne

Le GAFI a retiré la RDC de sa liste grise le 30 octobre 2026, mais l'Union européenne la classe toujours parmi les pays à haut risque. Les banques européennes doivent donc continuer à surveiller de plus près les opérations liées à Kinshasa. Pour les banques et les entreprises congolaises, le soulagement attendu pourrait venir plus tard.

GAFI liste noir

Le GAFI a retiré la RDC de sa liste grise le 30 octobre 2026, mais l’Union européenne la classe toujours parmi les pays à haut risque. Les banques européennes doivent donc continuer à surveiller de plus près les opérations liées à Kinshasa. Pour les banques et les entreprises congolaises, le soulagement attendu pourrait venir plus tard.

La sortie de la liste grise est un fait établi. Le GAFI y avait inscrit la RDC le 21 octobre 2022 et l’en retire le 30 octobre 2026, au terme d’un plan de 23 actions et de dix rapports de suivi. La décision pèse sur la perception du pays chez les banques et les investisseurs. Elle ne change pas, du jour au lendemain, le traitement que leur réserve l’Europe.

Deux listes, deux calendriers

Le GAFI tient une liste de juridictions sous surveillance renforcée. L’Union européenne tient la sienne, fondée sur un règlement délégué et distincte de la première. La RDC y figure depuis l’entrée en vigueur du règlement délégué 2023/410, le 16 mars 2023. La liste applicable depuis le 29 janvier 2026 compte 26 pays et comprend la RDC.

Pour les institutions européennes, l’inscription a un effet concret. Une banque, un assureur ou un cabinet soumis à la directive 2015/849 doit appliquer une vigilance renforcée à ses clients et à ses transactions liés à un pays listé. Cela suppose davantage de pièces justificatives, un suivi plus serré des opérations et des délais plus longs.

La sortie du GAFI ne supprime pas cette obligation. Il faut un nouveau règlement délégué de la Commission européenne.

Ce que montre le précédent de 2025

Le cas de l’Afrique du Sud donne un ordre de grandeur. Le GAFI l’a retirée de sa liste grise le 13 octobre 2025. La Commission a publié sa décision de la retirer de la liste européenne le 9 janvier 2026, soit 88 jours plus tard, et le retrait est entré en application le 29 janvier 2026, 108 jours après la décision du GAFI.

Six pays ont quitté la liste européenne à cette date, le Burkina Faso, le Mali, le Mozambique, le Nigeria, l’Afrique du Sud et la Tanzanie. La Bolivie, les îles Vierges britanniques et la Russie y sont entrées.

Si le même délai s’appliquait à la RDC, le retrait européen interviendrait vers la mi-février 2027. Il s’agit d’un simple report de calendrier, pas d’une prévision. La Commission fixe elle-même son rythme et peut attendre une évaluation de l’efficacité des réformes avant de décider.

Pourquoi cela compte pour les banques congolaises

Le système bancaire congolais fonctionne presque entièrement en dollars. Selon le FMI, les devises représentaient 92 % des dépôts et 97 % des crédits fin 2024. Cette économie dollarisée dépend de ses relations avec les banques correspondantes étrangères pour régler les paiements internationaux, financer le commerce et recevoir les virements de la diaspora.

Chaque ligne de vigilance renforcée côté européen se traduit par du temps et des coûts. Une banque correspondante peut alléger ses contrôles quand le risque baisse, ou conserver sa prudence tant que la liste officielle du pays n’a pas changé. Aucune série publique ne mesure aujourd’hui les frais de transfert ni les relations de correspondance perdues par les banques congolaises. L’effet de la sortie sera donc difficile à chiffrer avant plusieurs trimestres.

Ce que cela change pour l’État et les entreprises

Le ministère des Finances met en avant des résultats de la lutte contre le blanchiment, avec environ 540 contrôles, 246 enquêtes, 100 poursuites, 31 saisies et 13 confiscations pour environ 46,75 millions USD. Ces chiffres viennent du gouvernement, dans son communiqué N°028/CAB/MIN/FINANCES/2026. Ils n’ont pas fait l’objet d’un audit indépendant.

Le quatrième rapport de suivi renforcé, publié en mars 2026, donne une mesure externe. Sur les 40 recommandations du GAFI, 22 sont conformes ou en grande partie conformes, 10 partiellement conformes et 8 non conformes. Les points faibles qui subsistent sont donc nombreux.

Côté financement, l’État a levé 1,25 milliard USD par eurobond en avril 2026. Le carnet d’ordres atteignait 5,3 milliards USD selon le ministère, soit 4,2 fois le montant émis. Cet appétit des investisseurs précède la sortie de la liste grise.

Pour les entreprises, les prochains mois diront si les banques correspondantes assouplissent leurs exigences avant que l’Europe ne tranche. Un exportateur minier qui règle ses fournisseurs en dollars à Kinshasa ou à Lubumbashi continuera, d’ici là, à fournir les mêmes justificatifs à sa banque.

J. KAKESA