Derrière des ratios de solvabilité confortables, le rapport Pilier III de Sofibanque révèle qu'en 2024 la banque dépassait de loin la limite réglementaire d'exposition au change. Il montre aussi que son risque opérationnel a plus que doublé en un an et que 8,4 % de ses crédits sont sous surveillance.

Derrière des ratios de solvabilité confortables, le rapport Pilier III de Sofibanque révèle qu’en 2024 la banque dépassait de loin la limite réglementaire d’exposition au change. Il montre aussi que son risque opérationnel a plus que doublé en un an et que 8,4 % de ses crédits sont sous surveillance.
Fin 2024, la position de change de Sofibanque atteignait 26 %. Ce ratio mesure l’écart entre les actifs et les passifs de la banque dans une devise, rapporté à ses fonds propres. La norme de la Banque centrale du Congo (BCC) le plafonne à 15 %. La banque le reconnaît dans son rapport Pilier III 2025, qui précise que ce ratio « s’établit à 2,92 % au 31 décembre 2025 (contre 26 % au 31 décembre 2024) ». En douze mois, l’exposition a donc été ramenée sous le seuil, à un niveau neuf fois plus bas.
Le retournement n’est pas anodin. Fin 2025, le franc congolais s’était fortement apprécié face au dollar, de 2 850 à 2 100 CDF environ entre septembre et octobre 2025 selon la BCC. Une banque exposée dans le mauvais sens à ce moment-là pouvait subir des pertes importantes. Le rapport mentionne d’ailleurs « l’effet de l’appréciation du taux de change USD/CDF » parmi les facteurs de l’exercice. Sofibanque enregistre une perte de change de 0,5 million de dollars en 2025. Le risque de change ne consomme plus que 3,05 millions de dollars de fonds propres, soit 1,60 % du total.
Le risque opérationnel suit le chemin inverse. Il couvre les pertes liées aux fraudes, aux erreurs, aux pannes informatiques ou aux litiges. La banque estime son impact financier brut à 16,3 millions de dollars à fin 2025, contre 7,3 millions un an plus tôt, soit plus du double. Il consomme 8,51 % des fonds propres. Le rapport cite « la fraude interne et la fraude externe » parmi les risques principaux, avec les risques judiciaires et fiscaux, sans en chiffrer les incidents. Les pertes exceptionnelles atteignent 2,3 millions de dollars en 2025.
| Fonds propres consommés | |
|---|---|
| Risque de crédit | 94,7 M USD |
| Risque opérationnel | 16,3 M USD |
| Risque de marché et de change | 3,1 M USD |
Le risque de crédit, lui, reste dominant. Il consomme 94,7 millions de dollars sur les 114 millions de fonds propres mobilisés par l’ensemble des risques. La qualité affichée du portefeuille est bonne. Selon la banque, 88,9 % des crédits sont sains, 8,4 % sont sous surveillance et 2,7 % sont non performants, ces derniers étant « intégralement couverts par des provisions ». Le coût du crédit recule de 1,30 % à 0,99 %. Mais la catégorie sous surveillance, premier stade de la dégradation, pèse trois fois plus que les crédits déjà en défaut. Sur un encours brut d’environ 720 millions de dollars, elle représente quelque 60 millions de dollars, dans un portefeuille qui a grossi de 35 % en un an.
Le financement de cette croissance a changé de nature. Les dépôts de garantie, qui accompagnent les crédits documentaires et les cautions, s’effondrent de 152,78 millions à 53,34 millions de dollars (-65,1 %). Les dépôts à terme prennent le relais, de 183,53 millions à 311,52 millions. Les dépôts à vue, qui peuvent être retirés à tout moment, passent de 763,41 millions à 768,48 millions de dollars et représentent encore les deux tiers des dépôts. Les autres passifs triplent, de 30,23 millions à 90,94 millions de dollars, sans que le rapport n’en détaille la composition. La trésorerie de la banque recule de 787,26 millions à 709,12 millions de dollars, mais représente encore 49 % de l’actif.
| Dépôts à vue | Dépôts à terme et régime spécial | Dépôts de garantie | |
|---|---|---|---|
| 2024 | 763,41 M USD | 183,53 M USD | 152,78 M USD |
| 2025 | 768,48 M USD | 311,52 M USD | 53,34 M USD |
La liquidité reste au-dessus des normes, avec une légère érosion. Le ratio global passe de 157 % à 154,9 %, pour un minimum de 100 % et un seuil d’alerte interne de 110 %. Il atteint 485,31 % en francs congolais, mais seulement 130,08 % en devises, où se concentre l’essentiel de l’activité. La banque note elle-même que « la stabilité des dépôts constitue un enjeu majeur ».
La solvabilité offre une marge confortable. Le ratio global s’établit à 20,96 %, contre un minimum de 12,5 % coussin compris, et le ratio de fonds propres de base à 18,86 %. Il recule toutefois de 21,70 % à 20,96 %, car les risques pondérés ont augmenté plus vite (+36,1 %, à 911,9 millions de dollars) que les fonds propres (+31,4 %). La banque se dit à l’abri du risque de taux d’intérêt, ses taux étant « fixes ». Avec 27 % de ses dépôts désormais placés à terme, ce choix exposerait pourtant sa marge si le coût de ses ressources continuait de monter.
La Rédaction, Lepoint.cd




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